La Banque africaine de développement (BAD) ouvre la voie d’une garantie partielle pour un emprunt à composante environnement, sociale et de gouvernance (ESG) de près de 600 millions d’euros (€). Ce prêt sera le tout premier emprunt durable du pays sur les marchés internationaux.
La Caisse autonome d’amortissement (CAA) révèle cette opération dans sa note de conjoncture mensuelle de la dette publique de juin 2026. Le mécanisme couvre le risque de défaut de l’État sur le principal ou les intérêts. Les ressources devront financer exclusivement des projets environnementaux et sociaux.
Les secteurs ciblés incluent la santé, l’éducation, l’eau et l’assainissement. Les énergies renouvelables et l’agriculture durable complètent cette liste. La BAD n’a toutefois pas encore déterminé les sous-projets éligibles. Ils devront s’aligner sur les priorités de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30).
Un système national jugé acceptable, mais fragile sur deux points
Avant d’avancer, la BAD a évalué le système camerounais de gestion environnementale et sociale. La Banque juge les quatre piliers fondamentaux pertinents et acceptables. Elle relève un cadre réglementaire solide pour classer les projets par niveau de risque.
Deux fragilités subsistent néanmoins. La législation camerounaise n’impose pas systématiquement de plan de réinstallation des populations déplacées. Elle ne garantit pas non plus le coût intégral de remplacement des biens expropriés. Le mécanisme de règlement des plaintes pose également problème. La BAD recommande des dispositifs locaux indépendants pour traiter les réclamations citoyennes.
Pour combler ces lacunes, la BAD recommande que le Cameroun désigne deux spécialistes, environnemental et social. Cette nomination doit intervenir sous trente jours après la mise en vigueur du projet. Le comité interministériel concerné devra renforcer ses capacités en soixante jours. Un budget dédié et un rapport trimestriel de suivi complètent ce dispositif de contrôle.
Un accélérateur pour l’ambition budgétaire 2026
Cette opération s’inscrit dans une stratégie d’endettement extérieur déjà active. Le Cameroun a mobilisé 722,6 millions € début 2026 via un placement privé. L’emprunt ESG garanti par la BAD porterait ce total à près de 1,33 milliard €. Le pays se rapproche ainsi de l’objectif de 1,5 milliard € fixé par la loi de finances 2026.
Pour rappel, au 30 juin 2026, la dette publique camerounaise atteint 23,79 milliards €. Elle représente alors 44,2% du Produit intérieur brut (PIB) national. Pour les investisseurs en finance durable, ce mécanisme ouvre aussi une fenêtre d’observation précieuse. Il montre comment un pays d’Afrique centrale structure ses premiers instruments ESG, sous la garantie d’une institution multilatérale reconnue.

