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Marchés carbone : l’Afrique veut gagner la bataille de la crédibilité

Les marchés carbone africains changent d’échelle. Les gouvernements renforcent leurs cadres, tandis que les investisseurs recherchent des projets climatiques fiables et mesurables. Cette évolution accompagne la mise en œuvre de l’Article 6 de l’accord de Paris. Ce dispositif encadre la coopération entre États pour réduire les émissions et transférer des résultats d’atténuation. Pour l’Afrique, l’enjeu […]

Les marchés carbone africains changent d’échelle. Les gouvernements renforcent leurs cadres, tandis que les investisseurs recherchent des projets climatiques fiables et mesurables. Cette évolution accompagne la mise en œuvre de l’Article 6 de l’accord de Paris. Ce dispositif encadre la coopération entre États pour réduire les émissions et transférer des résultats d’atténuation. Pour l’Afrique, l’enjeu dépasse donc la création de crédits carbone. Il consiste à transformer les ressources naturelles et les réductions d’émissions en actifs capables d’attirer des capitaux.

Le carbone devient un actif de l’économie verte

L’Union africaine a adopté son Africa Action Plan on Carbon Markets (AAPCM). Le plan vise à renforcer la participation du continent aux marchés carbone et à accroître les financements climatiques. Cette stratégie intervient alors que plusieurs pays développent leurs propres mécanismes. Le Ghana figure parmi les marchés africains les plus avancés dans la mise en œuvre de l’article 6. Son Carbon Market Office supervise notamment les autorisations, le suivi des projets et les transferts internationaux de résultats d’atténuation.

Le Ghana dispose également d’un registre national. Celui-ci permet de suivre les activités carbone et les transactions autorisées. Le pays a déjà transféré des résultats d’atténuation vers la Suisse. Cette opération illustre le passage progressif de la réglementation aux transactions internationales.

Pour les économies africaines, ces mécanismes peuvent créer de nouvelles sources de revenus. Ils peuvent aussi financer la restauration des forêts, les énergies renouvelables et l’agriculture résiliente.

L’intégrité détermine l’accès aux capitaux

La croissance du marché dépend cependant de la qualité des crédits. Les acheteurs veulent connaître l’origine des réductions d’émissions et leur impact réel. Les systèmes de mesure, notification et vérification deviennent donc essentiels. Les registres doivent également garantir la traçabilité des crédits et éviter les doubles comptabilisations.

Cette exigence concerne particulièrement les projets forestiers. Ils offrent un potentiel important, mais nécessitent un suivi rigoureux du carbone stocké et de la permanence des réductions.

Les principes africains sur l’équité et l’intégrité des marchés carbone mettent également l’accent sur les communautés. Ils encouragent une meilleure gouvernance et un partage plus transparent des bénéfices. Cette dimension devient stratégique pour l’économie verte. Les populations locales doivent bénéficier des revenus générés par la valorisation du capital naturel.

 Kigali veut connecter projets et financements

Le Carbon Markets Africa Summit (CMAS) 2026, prévu du 13 au 15 octobre à Kigali, placera cette question au centre des débats. Le rendez-vous réunira gouvernements, investisseurs, acheteurs, développeurs de projets et organismes de certification. Il cherchera notamment à accélérer les transactions à haute intégrité. Plusieurs dizaines de projets africains figurent déjà dans le portefeuille présenté pour l’édition 2026. Certains recherchent des investisseurs et des accords d’achat de crédits.

Cette évolution peut rapprocher deux marchés encore insuffisamment connectés. D’un côté, l’Afrique dispose d’un important capital naturel. De l’autre, les investisseurs recherchent des actifs climatiques crédibles. Le marché carbone peut ainsi devenir un instrument de financement de la transition écologique. Il peut soutenir les forêts, les énergies propres, l’agriculture durable et la restauration des écosystèmes.

Pour l’Afrique, la priorité consiste désormais à convertir la crédibilité environnementale en valeur économique. Des règles solides, des données fiables et une gouvernance transparente seront indispensables. La réussite des marchés carbone ne se mesurera donc pas uniquement au volume de crédits vendus. Elle se mesurera aussi à leur capacité à financer durablement l’économie verte africaine.

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