Selon la Banque africaine de développement (BAD), la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) n’a capté que 10 milliards USD de financement climatique en dix ans, contre 172 milliards de besoins, malgré la nouvelle doctrine ESG de la COBAC. Ce montant équivaut à peine à 1 milliard USD annuels. Soit un taux global de satisfaction de 5,8%.
Ce rapport de près de un à dix-sept place la CEMAC face à un déficit massif de financement climatique. Les pertes liées au changement climatique atteindraient elles-mêmes 37,3 milliards USD sur la décennie. Lors de la 15ème concertation annuelle de la commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), tenue le 25 septembre 2026 à Malabo, son président, Yvon Sana Bangui, a rappelé aux banquiers « la nécessité d’une gouvernance ESG solide ». Cette exigence réglementaire ne comblera pourtant pas, seule, cet écart.
Lire aussi : Sénégal : les fonds climatiques accélèrent la transition énergétique
La BEAC verdit son guichet de refinancement
La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a engagé une évolution de ses instruments monétaires. Il s’agit de « mieux prendre en compte les enjeux climatiques ». Le verdissement du refinancement bancaire pourrait orienter davantage de liquidités vers des projets à faible empreinte carbone.
Cette approche traduit une prise de conscience. Qui se base sur ce que les chocs climatiques affectent les prix, les activités économiques et la stabilité financière. Ils peuvent aussi peser sur les réserves de change et compliquer la conduite de la politique monétaire.
Les débats de Malabo soulignent la nécessité d’un référentiel communautaire qui classe les activités économiques selon leurs caractéristiques environnementales. Sans taxonomie verte commune, les banques risquent d’appliquer des critères divergents. Cette fragmentation complique l’identification des projets éligibles aux financements durables et accroît le risque de greenwashing.
L’adoption d’un tel référentiel faciliterait la comparaison des projets, la transparence des investissements et la mobilisation de capitaux privés.
La sous-région dispose déjà de mécanismes de financement régionaux. La Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) mobilise des ressources sur le marché financier sous-régional pour financer les économies de la CEMAC.
En août 2025, la BEAC et la BDEAC ont officialisé le dégel de 120 milliards de FCFA. Cette enveloppe doit soutenir le financement de projets structurants publics et privés.
Toutefois, ces ressources ne constituent pas automatiquement des financements climatiques. La région doit encore développer des instruments spécifiquement dédiés à la transition écologique, notamment les obligations vertes et les mécanismes de financement liés à des objectifs environnementaux mesurables.
Lire aussi : Cameroun : la BAD ouvre la voie à 610 millions € de finance verte
Le FEFAC, un forum encore à construire
Le projet de Forum économique et financier de l’Afrique centrale (FEFAC) va renforcer le dialogue entre régulateurs, banques, bailleurs et investisseurs. Pour les établissements financiers, l’enjeu dépasse désormais la conformité réglementaire. Une gouvernance ESG crédible peut faciliter l’accès aux capitaux internationaux, améliorer la gestion des risques et soutenir le financement de la transition climatique.
La priorité reste toutefois de transformer les engagements en projets bancables, assortis de données fiables, de critères communs et de mécanismes transparents de suivi. C’est à cette condition que la CEMAC pourra réduire son déficit de financement climatique.

